Traditions du mariage en Brière
traditions du mariage
En Brière
Chacun sait l'aversion qu'avaient autrefois les Briérons des îles pour les Briérons du pourtour, les "naquets" comme ils les appelaient.
Aussi était-il interdit aux jeunes filles des Grandes Îles de fréquenter des jeunes gens de Saint-Lyphard ou de Mayun, ces tisserands et ces vanniers, véritables "Colin-Jeannette" méprisables, encore moins des "étrangers" à la région !
Les parents veillaient d'ailleurs à ce que cette règle fût strictement observée. Quand de jeunes gars de Saint-Nazaire se rendaient à Saint-Joachim pour danser, ils étaient hués et chassés par les naturels du pays. Et ceci n'allait pas sans bagarres ! (jusqu'à la guerre de 14-18).
Les mariages consanguins ont engendré une particularité, mieux marquée encore qu'à Batz. Beaucoup de familles portaient et portent encore le même patronyme. Aussi, pour éviter toute confusion, a-t-il fallu décerner des sobriquets plus ou moins bizarres et comiques.
Revenons à notre sujet.
On s'activait à la préparation du repas, la grande affaire ! Cent vingt personnes - au bas mot - allaient défiler et manger sur la levée. On louait la vaisselle chez Charron, à Saint-Joachim. La veille avait lieu la "tuerie". C'était le boucher ou le saigneur qui venait égorger cochons, agneaux, veaux ou assommer un bœuf. De vieilles femmes, préposées à la cuisine, sacrifiaient oies, canards, poulets, puis, assises en rond, commençaient à plumer. Le duvet volait ! Les provisions s'amoncelaient sur les tables : volailles, viandes de toutes sortes, café, sucre, eau-de-vie...
Des hommes installaient en plein air, sur des trépieds, les énormes chaudrons à lessive. Au petit jour, des feux flambaient et déjà des quartiers de viande nageaient dans les chaudières, avec des bouquets d'herbes aromatiques pour la traditionnelle "soupe grasse".
Pendant ce temps, les époux avaient été conduits à la mairie et à l'église. En sortant, on allait au présent dans une buvette. C'était l'occasion pour les gars de la noce d'une cérémonie qu'ils appelaient : porter le bricot. Ils devaient boire à tour de rôle à une grande cruche remplie de vin rouge. Une véritable libation ! Et nous devons dire qu'une cruche n'était pas suffisante, ni même deux, vu l'affluence des buveurs !
Notes.
1. On a pu établir vers 1900 la statistique suivante : sur 1416 électeurs, il y avait 277 Moyon, 245 Aoustin, 198 Mahé, 128 Vince. En 1879, Blanchard écrivait que les villages de Camer et de Mayun, distants de 2 km, ne contractaient jamais d'union entre eux et différaient essentiellement par le vêtement, le caractère, et ajoute-t-il, le type physique.
2. Bricot : contraction de "barricot", petit baril, devenu une poterie.
Les garçons d'honneur organisaient une caisse dite "masse" : petits gâteaux secs, limonade, vin rouge, bonbons et dragées. Et chacun d'en enfouir dans ses poches pour en distribuer au retour à ses voisins en l'honneur de la noce...
Le repas suivait, souvent en plein air, un repas de viande, car, à part la salade, brassée dans des baquets, les parents briérons se seraient crus déshonorés d'offrir des légumes en ce jour faste !
Il faut dire que la veille de la cérémonie, on avait "sacrifié" une génisse. L'animal, soigneusement décrotté, revêtu d'un drap blanc et orné de fleurs, était promené tout autour de la gagnerie de l'île, en chantant :
" À la ridée de Ridorat
À la ridée pour rigoler... "
Au retour, le futur marié égorgeait la génisse que l'on pendait pour une dizaine d'heures à la poutre d'une loge.
Dès l'aube, on l'installait sur une broche au dessus d'un feu de mottes bien ardent.
Une telle pratique, dans un tel pays conservateur et peu évolué, n'évoque-t-elle pas les cultes anciens du bovidé, du taureau, avec sacrifice sanglant ?
L'après-midi, la noce faisait ses visites et déambulait par les îles, (parfois en barque), précédée du populaire Père Jean-Pierre gonflant sa veuze (cornemuse), ou de Caron, grattant son violon enrubanné, ou de "Sano"(1), "zimant" sur son accordéon. Dans l'ancienne tradition, on plantait un "mai" spécial.
Avant le coucher, les mariés souffraient de nombreuses "attrapes". On faisait leur lit, on le garnissait de mottes, on le saupoudrait de sel ou de poils de porc.
Selon Huet (de Savenay), on cherchait par tous les moyens à séparer les jeunes époux, à retarder l'acte du mariage :
" La troupe échauffée par le vin et la danse s'empare du mari et cherche par toutes les ruses imaginables à l'éloigner de la couche nuptiale, et quand il échappe aux pièges, tout est mis en œuvre pour troubler le mystère."
Enfin, au matin, offrande de la soupe à l'oignon, servie dans un vase de nuit, avec des boudoirs nageant et des morceaux de pain enfilés...
Note
1. "Sano" était celui qui "sanait'' les cochons (qui les châtrait). Il s'appelait Vince.
Traditions du mariage en Brière
L'atelier des fleurs d'oranger Moyon-Lambert
Aujourd’hui, les couronnes de fleurs d’oranger n’évoquent que de vagues souvenirs du passé, qui n’ont guère de signification pour les jeunes générations.
Pourtant, ces fleurs connurent un succès international durant la "belle époque" et cela jusque vers les années 1935.
Les femmes, plus précisément les Briéronnes ne portaient qu’une seule fois dans leur vie les couronnes de fleurs d’oranger : c’était le jour de leur mariage.
Elles étaient ensuite soigneusement conservées sous des globes, disposées sur un coussin généralement de velours rouge.
De petits miroirs en forme de losange, agrémentés de fleurs en papier d’or, étaient placés tout autour de la couronne et venaient la mettre en valeur.
L’ensemble était posé sur une cheminée ou un buffet.
Ces globes sont le seul témoignage d’une époque jadis florissante.
Un atelier existait à Saint-Joachim. Notre fabrique briéronne exportait ses produits dans les grandes capitales d’Europe telles que Londres où les commandes étaient très importantes, Bruxelles, Saint-Pétersbourg (Leningrad), aux Etats Unis et même Constantinople (Istanbul).
Evolution de l'atelier de 1895 à 1958
C'est vers les années 1892, 1893 que Saint-Joachim connut la première fabrique de fleurs de cire qui était tenue par Mademoiselle Halgand. Les matières premières telles que les "pieds de laiton", les pétales, les pistils venaient de Paris et étaient livrés "pêle-mêle".
En 1895, un dénommé Julien-Henri Mahé qui, de profession était marchand de vin, acheta le dépôt de fleurs de Mademoiselle Halgand pour le transformer en atelier, capable à lui tout seul, de confectionner les fleurs d’oranger.
Pour cela, il alla suivre un stage à Paris afin de se familiariser aux méthodes de cet artisanat. Par la suite, il devait élaborer ses propres modèles donnant ainsi une note briéronne à la fabrication des fleurs de cire.
Il conçut également un atelier de découpe attenant à l’atelier de fusion et un atelier de pistil et de montage, près du bureau de réception.
Dans sa tâche, Henri-Julien Mahé fut aidé par ses neveux Emile-Henri et Pierre Moyon, dont le pseudonyme était "Moyon des fleurs". Il décéda le 6 février 1911 à 70 ans, laissant à sa famille le soin de poursuivre son œuvre. L’atelier qui, du vivant de son fondateur, s’appelait "atelier Mahé" (1895-1911) devait prendre le nom d’ "atelier Moyon frères" de 1911 à 1921.
Monsieur Lambert redonna un nouvel essor à l’entreprise briéronne. A partir de 1924, elle travailla en accord avec un atelier de montage et d’enguirlandage situé à Rennes, 22 rue Poulain du Parc, pour la finition (agencement des couronnes) qui était effectuée auparavant à Saint-Joachim. De 1921 à 1935, le nombre d’ouvrières passa de 40 à 120.
Le 4 septembre 1935, un incendie provoqué par l’explosion d’un moteur à gaz détruisit les ¾ de l’établissement.
Les ouvrières avaient un nom bien particulier correspondant à leur tâche : cireuses, colleuses...
De 1895 à 1911, Julien-Henri Mahé avait employé de 10 à 30 ouvrières qui, à l’époque, ne confectionnaient que la fleur de cire, faite d’un pied de laiton sur lequel s’enroulait un papier crépon, collé à la gomme arabique. L’ensemble était appelé "baguette". C’était le premier travail que chaque ouvrière devait savoir exécuter.
A l’atelier de montage, les fleurs étaient ordonnées grâce à des machines à enguirlander, selon le goût des clients et de la mode qui prévalait dans chaque pays.
Les fleurs, après avoir été parfumées à l’orange, étaient agencées en bouquets, en couronnes ou en paniers.
Elles étaient ensuite disposées dans des cartons provenant d’une cartonnerie bretonne, puis expédiées à la gare de Montoir, par voiture à cheval, jusqu’en 1907 et par le C.M. (Compagnie du Morbihan) par la suite.
Lorsqu’une ouvrière se mariait, elle avait droit à sa couronne.
Les années 1930-1935 constituèrent une étape charnière dans la vie de notre fabrique brièronne qui allait se moderniser quelque peu : les ouvrières travaillèrent au son de la musique ; il existait un poste de radio à l’atelier de montage et de pistil. La cloche installée à la porte d’entrée qui annonçait les heures d’embauche et de débauche fut remplacée par une sirène. Les lampes à pétrole cédèrent le pas à l’électricité.
Vers 1930, la fleur artificielle fit son apparition.
Les fleurs blanches prirent des couleurs : les feuilles devinrent vertes, les roses blanches, rouges ou roses et les pensées violettes... .
Les ventes étaient saisonnières et correspondaient à la courbe annuelle des mariages qui atteignaient un maximum au printemps et à l’automne. Cette loi cyclique favorisait ainsi une certaine constance dans la production.
La maison "Marion" de Paris possédait aussi une succursale à Saint-Joachim dans un immeuble situé aux Levées-Ouïes. Elle était gérée par les demoiselles Philippe.
Une quinzaine d’ouvrières environ y travaillèrent, mais cette maison ne devait pas atteindre l’importance de l’entreprise Moyon.
L’arrivée de la fleur plastique provoqua la disparition de l’atelier Moyon-Lambert en 1958.
Chansons de Brière
Embarquons dans l’ belin (le coq Martin)
Vous connaissez tous cette histoire : c'est un gallinacé, tantôt le coq Martin, tantôt la poule à Colin. Le volatile s'est rendu coupable de manger du grain ou du pain. Son châtiment est définitif ; il passe à la casserole. Disons plutôt qu'il illustre l'adage d'Henri de Navarre, quatrième du nom, qui voulait que chacun de ses sujets puisse mettre la poule au pot le dimanche. Attirés par l'odeur, les voisins, le maire, les filles du village et plus fréquemment le curé viennent y tremper leur pain. Le représentant du clergé est alors raillé pour sa gourmandise qui lui vaut quelques désagréments.
Ici on se contente de savoir qu'il a mangé sa main. Souvent une morale complète l'histoire, dans le genre punition de la gourmandise. Il ne pourra plus dire la messe aux paroissiens !
Voici donc une chanson qui, en toute innocence, nous en apprend beaucoup sur les habitudes alimentaires du peuple et ses relations parfois délicates avec des religieux pas toujours exempts de reproches.
Mais c'est le refrain qui va nous occuper le plus aujourd'hui.
De toutes les versions notées ou enregistrées dans l'ouest en général et en Loire-Atlantique en particulier, celle ci possède un refrain unique et bien localisé. Le belin est une forme de chaland utilisé par les briérons pour leurs déplacements dans le marais. Plusieurs chansons locales utilisent le symbole du chaland pour illustrer les aventures amoureuses. Embarquer dans le belin c'est assurément, un moyen de s'isoler pour garantir à ses ébats amoureux une certaine discrétion. Une version briéronne de l'expression « en voiture Simone » ?
Le plus courant des refrains associés à ce type de chanson est construit sur la formule :
"Tu n'entends pas mon lanlire
Tu n'entends pas mon latin"
Elle se retrouve dans toute l'aire de diffusion, majoritairement l'ouest de la France et le Canada. Mais nous lui préférons la formule souvent entendue dans le pays gallo (1) :
"Tiens voilà le facteur les filles,
Tiens voilà le facteur qui vient"
La palme du refrain le plus « décalé » revient sans conteste à la version du répertoire de Gisèle Galais (2) :
"Quand on n'a pas de parapluie, ça va bien quand il fait chaud
Mais quand il tombe de la pluie on est trempé jusqu'aux os"
La chanson que vous entendez provient donc des collectes de Fernand Guériff. Dans une aire géographique proche voici encore deux versions dignes d'intérêt :
Tout d'abord l'une de celles notées par Armand Guéraud, à Haute-Goulaine (3) :
"J'ai semé de l'avoine...
Tous les oiseaux de la ville sont venus manger mon grain...
Le curé de Saint gilles …
trouva la soupe si bonne qu'il avala sa main
S'en fut prier la vierge, lui demander une main
La vierge lui répond, peste du gros vilain
pour un bouillon de soupe avoir mangé sa main"
ou encore celle publiée par Abel Soreau (4)
"les bourgeois de la ville...en mangèrent leur main,
puis des mains jusqu'aux coudes,
puis des coudes jusqu'aux reins"
chantée le 17 août 1903 à Vallet, par Baptiste Vincent, tisserand, elle a été « enregistrée dans le phonographe ». A tous ceux qui ont traîné un magnétophone à bandes dans les années 50-60 et à ceux qui ont écumé les campagnes avec leurs appareils à cassettes, essayez d'imaginer ce que pouvait être un enregistrement sur gramophone au début du vingtième siècle ! Abel Soreau était un pionnier du collectage aussi bien sonore que photographique. Malheureusement ces archives sonores qui seraient aujourd'hui de vrais trésors n'ont jamais pu être retrouvées.
notes
1 – par exemple la version chantée en 1975 à Hervé Dréan par M. et Mme Huguet au bourg de Saint Dolay. 1975 – 2015 : quarante ans de collectages ; nous aurons l'occasion d'en reparler.
2 – Vous jeunes gens qui désirez entendre – répertoire d'une chanteuse de Haute-Bretagne, page 150 – édité par Dastum en 2014
3 – page 530, dans le tome 2 des chants populaires du comté nantais et du bas Poitou – Modal / FAMDT
4 – dans le cinquième fascicule des « vieilles chansons du pays nantais » – disponible via Gallica
Source : Fernand Guériff, Tome III, p. 118 - Chansons de Brière, de Saint-Nazaire, et de la presqu'île Guérandaise. Répertoire de Moïse-Rogatien David, Fédrun, au Chef de l'Ile, 1975.
interprètes : Bruno Nourry et Jean-Louis Auneau
catalogue Coirault : le Jau Martin - 10514
catalogue Laforte : la Poule à Colin - I, C-12
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Paroles de la chanson
"Embarquons dans l’ belin
Mon père avait un coq(que), qui s'appelait Martin
Il montait sur la table, et mangeait tout le pain.
Refrain :
Allons donc, ma Germaine (ou mignonne)
Embarquons dans l' belin !
Mon père a pris sa serpe, lui a coupé les reins.
Il le mit en gibelot' pour un dimanch' matin.
La sauce était si bonne qu'on la sentait de loin.
Tous les gens du village y vinr'nt tremper leur pain.
Jusqu'à Monsieur l' Curé, qui vint tremper le sien.
Il la trouva si bonne, qu'il a mangé sa main."
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Le blin
Le blin est un chaland utilisé en Brière pour le transport des matières pondéreuses (jusqu'à 4 tonnes) comme la tourbe, le sable, le fumier, etc. et des animaux domestiques.
Les blins ont une longueur de 21 à 27 pieds (de 7 à 9 m), mais certains atteignent 12 mètres.
En briéron blin se dit belin.
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